lundi 18 janvier 2016

Non, Pink Floyd n'est pas le groupe de Syd Barrett

[Syd Barrett en 2006, quelques mois avant sa mort]


Syd Barrett a été un petit génie du renouveau musical de la scène anglaise du milieu des années soixante. Dans l'émergence de la pop culture, il a su comme personne brasser ensemble des comptines enfantines et une vision plus adulte et oppressante de la société britannique.

Sous l'impulsion des enfants du baby boom, c'est toute la société d'après guerre qui se ré-invente et se libère du corset victorien. Cet appel d'air crée une effervescence qui fera du swinging-London, le centre du monde culturel. Si l'on cite les Beatles et les Rolling-Stones,  il faut aussi rappeler qu'ils ont d'abord scandalisé la «bonne société anglaise» avant de s'imposer comme des références absolues sur la scène musicale mondiale.

C'est dans ce contexte, entre 1962 et 1965 que quelques étudiants de l'université de Cambridge s'initient à la musique. Ils montent différents groupes dont, à l'automne 1965, les Architectural Abdabs composés de Roger Waters, Nick Mason, Rick Wright, Bob Klose, Clive Metcalf, Juliette Gale (qui deviendra madame Wright) et Keith Noble.

Ils jouent d'abord du Rock rythm and blues, puis, après le départ de Bob Klose et sous l'influence de Mike Leonard, un professeur de la Polytechnique de Londres chez qui ils se réunissent, abordent les sonorités psychédéliques et les improvisations. Ce n'est qu'à ce moment là que Waters, Mason et Wright rencontrent Syd Barrett qui va leur apporter sa vision déjà étrange d'un monde fantasmagorique aussi poétique qu'halluciné.

Le premier album de Pink Floyd, «The piper at the Gates of Dawn», sort en 1967. Onze titres sont gravés dont deux sont signés collégialement, un par Roger Waters et dix composés par Syd Barrett. Le groupe part aussitôt en tournée (en compagnie de Jimi Hendrix !) et c'est dès cette série de concerts internationaux qu'apparaissent les premières fêlures de Syd Barrett.

Sous influence permanente des drogues et notamment du LSD, il est très souvent désorienté, ignore où il se trouve, oublie de se rendre sur scène ou bien quand il s'y rend, passe la soirée à jouer inlassablement le même accord durant de longues minutes. Pour terminer la tournée, Pink Floyd fait appel à David O'List, guitariste des Nice puis invite David Guilmour, qui est rentré à Londres, à les rejoindre.

Le deuxième album, «A Saucerful of Secrets» parait en 1968. Il contient sept morceaux dont un signé collégialement, un par Syd Barrett, deux par Rick Wright et trois par Roger Waters. Assez ironiquement, on peut relever que l'ultime chanson de Syd Barrett pour Pink Floyd dit ceci :

«It's awfully considerate of you to think of me here
And I'm much obliged to you for making it clear that I'm not here»
(C'est très attentionné de votre part de penser à moi
Et je me sens obligé d'être clair : je ne suis pas là)

Entre ce deuxième album et celui de 1973, «Dark Side of The Moon» qui amènera Pink Floyd au succès planétaire, le groupe enregistrera plusieurs disques qui témoignent à la fois de son évolution interne et de sa recherche artistique. Roger Waters prend en charge la quasi totalité des textes et participe, en compagnie de David Gilmour, Rick Wright et Nick Mason, à l'écriture d'une grande partie des musiques.

C'est sous cette influence de Roger Waters et sous sa direction artistique que Pink Floyd fera une gigantesque carrière internationale. Ils développeront une musique blues rock* au cœur d'albums concept avec de longues improvisations musicales et des textes de plus en plus politiques critiquant à la fois la société de consommation et la montée du cynisme des responsables politiques.  

Jusqu'à la fin de l'année 1978 le groupe se retrouve pour produire un nouvel album après la très longue tournée de «Animals». Tandis que les trois autres arrivent «les mains dans les poches», Rogers Waters fournit deux brouillons d'albums complets dont l'un deviendra «The Wall» en 1979 (26 titres dont 17 signés par Waters*) et l'autre «The Pros and Cons of Hitch Hiking*» qui sera son premier album solo sorti en 1984 après qu'il ait décidé de mettre fin à l'expérience Pink Floyd.

[Passons sur «The Final Cut» de 1983 qui est plus ou moins le chutier de The Wall - parce que EMI, la maison de disque, a refusé d'en faire un quadruple album - et qui est signé Roger Waters, interprété par Pink Floyd mais sans Rick Wright totalement détruit par ses addictions aux drogues]

Connaissant toute cette histoire, on constate que si Syd Barrett a été le déclencheur du succès du groupe, il n'a réellement contribué à la musique que d'un seul album. Il est bien évident qu'il a influencé la suite de la carrière du groupe, notamment «Wish you were here» sur lequel Roger Waters exprime toute la tristesse* d'avoir perdu un ami, emporté à la fois par sa propre folie mais aussi la pression de l'industrie musicale.

Mais ce n'est pas Syd Barrett qui a fait tout cela. Ce n'est pas Syd Barrett qui a fait Pink Floyd. C'est Roger Waters accompagné de David Gilmour à la guitare, de Rick Wright aux claviers et de Nick Mason à la batterie qui ont permis l'existence de ce groupe.

Aussi, quand je lis en 2016, soit cinquante ans plus tard, que Pink Floyd est le groupe de Syd Barrett, je me dis que les journalistes musicaux devraient un tout petit peu bosser leurs sujets.



[Roger Waters, novembre 2015]


Nota : en 1992, Roger Waters a sorti l'album «Amused to death»
sur le concept d'une humanité qui s'autodétruit en se distrayant
et dont une nouvelle version est ressortie en juillet 2015.
Je vous le conseille


mercredi 6 janvier 2016

2017 [same player shoot again]



Déjà 2017 se pointe à l'horizon de l'agenda médiatique. Les réflexions commencent pour savoir par quel incompétent, nous allons remplacer l'incompétent qui tient l'Elysée. On teste différentes formules qui n'ont aucune réalité sur le fond si ce n'est de changer le nom sur l'étiquette. Les roses en tête contre les bleus, les rouges grignotent leur retard sur les bleus marines, les verts sont à la corde, l'élection présidentielle est traitée comme une course de petit chevaux sur les plateaux.

Les débats se succèdent qui ne répondent à aucune des questions dont se soucie l'opinion, qui ne règlent aucun de nos soucis quotidiens. On agite les micros, on brandit les caméras, on recueille la petite phrase de celle-ci, on exergue la formule de celui-là comme autant de virgule ajoutées à un texte que plus personne ne souhaite comprendre.

La déchéance de nationalité ne créera aucun emploi. Non seulement, elle ne relancera pas l'économie mais elle n'aura pas non plus d'effet sur le terrorisme. Et pendant qu'à vide ils débattent, nous nous débattons toujours dans plein de problèmes.

Un sondage* apparait qui met au grand jour une unanimité chez les sondés : il faut plus de diversité parmi les élus. L'exigence de changement donne un grand coup de pied dans la fourmilière. Si tant est qu'on puisse se fier à une enquête d'opinion, la demande de renouvellement du système et de la classe politique est d'une telle proportion qu'elle devrait sonner comme un signal d'alarme pour la classe dirigeante.

Les rédactions se lancent aussitôt dans l'analyse des propositions d'Alain Juppé. Il n'apporte pourtant rien de neuf mais, dans ce même sondage, il est celui que les gens rejettent le moins. L'âge de la retraite, l'indemnisation des chômeurs, le code du travail, l'ancien premier ministre nous ressort le catalogue complet des classiques de l'énarquie. Toujours la même incapacité à se saisir de la réalité, compensée par une agitation de façade et quelques menus réglages à la marge.

Comme c'est parti, il n'y aura pas plus de changements après 2017 qu'après les éditions précédentes. Les promesses se suivent qui annoncent un renouveau ; elles changent seulement d'habit le temps d'un défilé. On reprendra les mêmes vieux pots pour refaire les mêmes recettes.

Tout détachés qu'ils sont de la réalité du pays, les hommes et femmes politiques sont grassement payés pour vivre dans des locaux très bien chauffés. Jour après jour, la caste médiatique s'occupent de leur cirer les pompes. Ils mènent une carrière, ils écrivent leur histoire. Pourquoi voulez-vous qu'ils changent ? Selon le vieux principe des joueurs : tant qu'ils gagnent, ils jouent.

Force est de constater que ces politiciens ne s'en iront pas d'eux-mêmes…

vendredi 1 janvier 2016

Roger Waters [La vie de star]



Je repensais récemment à la vie de Roger Waters* dont je suis fan. Je réfléchissais à sa vie personnelle. Il a été élevé, orphelin d'un père mort à la guerre*, par une mère castratrice. Etudiant en architecture, il monte plusieurs groupes de rock avec son pote et dès que le succès se pointe, Syd Barrett pète un câble et déclare sa schizophrénie.

Il relance Pink Floyd en fait un groupe de renommée mondiale et quand il constate qu'il y fait tout le boulot et décide de claquer la porte, il se prend un procès de ses ex-collègues pour continuer sans lui et lui interdire de jouer ses propres morceaux.

Ajoutez à cela quatre divorces successifs, je trouve que ça relativise vachement la vie de star.

vendredi 4 décembre 2015

Gorbatchev [ou bien…]



Franchement, je ne vois pas comment on va s'en sortir.

Ou bien on a de la chance et on tombe sur un type formidable, ou une gonzesse va-savoir, une sorte de Gorbatchev* français ou européen (ou ce que vous voulez, on s'en fout) qui arriverait pour dire :
- Votre système est magnifique, gloire à la bourse et au CAC 40, mais ils ont échoué et nous devons en changer.

Sept milliards et quelques millions d'êtres humains dont pas mal ne mangent pas à leur faim sur une planète qui n'en peut déjà plus et on continuerait avec une doctrine qui nous promet encore de la croissance ? Mais quelle croissance ? La Terre en a assez de nous !

C'est bon, la croissance, c'est fait, on passe à autre chose. On vous rappellera quand on aura trouvé une autre planète. L'industrie*, c'était une chouette expérience, merci. Mais je pense qu'on va arrêter là. Je pense qu'il FAUT s'arrêter là.


Pour la suite, je ne sais pas plus que vous dans quelle direction il faut aller. Mais quand après 165 années de fonctionnement un système nous a amené à “ça” de rentrer dans le mur, il faut peut-être songer à lui faire passer la révision des 5.000.

La plupart des gens travaillent pour un salaire, ils n'ont pas de véritable «travail». Ils effectuent des heures de services durant lesquelles ils accomplissent un certain nombre de tâches durant un certain nombre de mois, d'années, de vie. Mais la plupart d'entre nous savons bien que si personne n'effectuait ces tâches, la planète continuerait parfaitement de fonctionner.

Parce que ce «travail» s'il n'a pas réellement d'utilité pour notre société humaine, en a une sur le marché. Il s'agit le plus souvent de produire quelque chose qui pourra se vendre plus cher que ce qu'il a coûté. Ainsi, la plupart des gens travaillent simplement à produire du bénéfice.

Ceux qui ont les moyens d'acheter des immeubles louent des appartements pour faire produire du bénéfice à ceux qui ont les moyens de financer la production de bénéfice par des employés. C'est une société parfaitement stupide dans laquelle l'essentiel d'entre nous est occupé à produire encore plus d'argent pour des gens qui n'en ont pas besoin.

Bien entendu, l'État capte tout de même une petite partie de ces flux d'argent pour s'occuper du reste. Des écoles, des hôpitaux, des universités, des routes, des trains, de la poste, des villes, des transports ; de tout ce qui ne produit pas de bénéfice mais qui est réellement utile à notre société humaine.

Evidemment, aucun Gorbatchev ne viendra mettre les pieds dans le plat et lancer la transformation de la société en douceur. Nous votons pour des gens qui pensent encore que le dogme a raison, que le dogme a toujours raison
Ou bien, ça va péter



Nota benêt : si la plupart des gens travaille
à produire du bénéfice, tu comprends mieux
le sens de l'expression : «la valeur travail»

[J'ai piqué l'image ici*]