dimanche 15 février 2015

La baisse graduelle [coup par coup]

«Dès 1996, un rapport publié dans le Cahier de politique économique de l'Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE) faisait les préconisations suivantes pour liquider les services publics : «si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement. Cela se fait au coup par coup, dans une école et non dans un établissement voisin, de telle sorte qu'on évite un mécontentement général de la population.»
Christian Morrisson «la faisabilité de l'ajustement», cahier de politique économique, n° 13, Centre de développement de l'OCDE, 1996, p. 30 [cité dans «Gouverner par le chaos» éditions Max Milo]

jeudi 12 février 2015

Traité de paix [souffle d'espoir]



Ce qu'est en train de faire François Hollande passe un petit peu inaperçu. Ou, pour le moins, son action n'est pas traitée sous cet angle. Pour comprendre, sortons la De Lorean du garage et retournons à Yalta en 1945, à la conférence de Yalta. Il n'y a rien qui te choque sur cette photo ? Eh ouais ! De Gaulle n'est pas sur le cliché ! C'est que nos amis américains, partis de Normandie pour arriver à Berlin, ils se sont dit : my god, on n'a pas fait tout ça pour rien, ici, c'est chez nous. Avec un bon projet pour la France : devenir un quasi énième état des Etats-Unis.

De Gaulle a piqué une gueulante, on a retrouvé notre grandeur d'antan et tout est rentré dans l'ordre. Le général en a conservé une certaine méfiance. D'où notre force nucléaire et notre indépendance militaire actée en 1966*… jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy en 2011 signe notre retour au sein de l'OTAN sous commandement américain. On ne souligne pas assez combien l'ex-président français a couché le pays et trahi notre identité nationale.

Or, François Hollande, plutôt que de suivre la mise sous pression par les USA, a tenté de tendre la main à la Russie. Il n'a pas suivi la volonté américaine de relancer la guerre froide. Il a constamment gardé ouvert le dialogue avec Vladimir Poutine. Il a redonné à la France son rôle d'indépendance sur la scène internationale et je trouve ça bien.

[Pour les trolls et les peine-à-jouir : je ne suis ni pour Poutine ni pour l'Ukraine (aucun des deux ne m'a offert à boire, j'attends). Je sais seulement par expérience que, si la guerre éclatait entre l'Europe et la Russie, ça se terminerait autour d'une table après quelques dizaines de millions de morts. Alors, autant commencer par discuter tout de suite]

Nota benêt : des millions de morts en Europe,
c'est bon pour la croissance !

lundi 2 février 2015

L'UMP [à poil !]

Je ne sais pas quel génie de l'UMP a eu l'idée de faire de l'élection du Doubs un enjeu national mais nous pouvons d'ores et déjà le féliciter pour le bordel occasionné. Un fief qui n'est même pas acquis à la droite républicaine, ils auraient pu opter pour la discrétion. A la limite commander quelques bouteilles de Champagne avec modération, histoire de montrer qu'on y croit.

Les voilà, non seulement grands perdants de cette élection mais aussi : à poil, sous les projecteurs, ils sont tenus de choisir entre leurs deux ennemis. D'un côté le PS, son opposant de longue date mais républicain, de l'autre, le FN, parti aux relents fascistes. Lequel vont-ils conseiller de soutenir ?

Ce n'est pas un choix entre la peste et le choléra. C'est un choix entre rester dans les clous républicains ou décider que tout se vaut. S'il optait pour le «ni-ni», Nicolas Sarkozy indiquerait l'absence de frontières entre l'UMP et le FN. Il perdrait aussitôt son marqueur de différence pour 2017. L'UMP, ce n'est pas comme Le Pen and Co.

«Nota benêt : «Le problème quand tu es petit
et que tu te tires une balle dans le pied,
c'est que ça éclabousse sur le visage.»
Nicolas Sarkozy.

dimanche 25 janvier 2015

Je suis Charlie […ou pas !]

Suite aux attentats qui ont eu lieu à Paris entre le 7 et le 9 janvier 2015, nous avons assisté, le dimanche 11 janvier, à une manifestation d'ampleur inégalée. Le rassemblement, sans aucun slogan et sans autre mot d'ordre que «Je suis Charlie», a rallié quelques 4 millions de personnes à travers la France.  En marge, quelques uns ont refusé de se solidariser avec ce mouvement et ont tenté de faire entendre un autre message.
 
Pour revenir sur ces faits, j'ai demandé à Hélène Romano, docteur en psychopathologie qui tient une consultation spécialisée en psychotraumatisme, de répondre à quelques questions. Elle a accepté gentiment, ce dont je la remercie. 
 
 
Au surlendemain des drames intervenus à Charlie Hebdo, Montrouge, Dammartin-en-Goële et à l'Hypercasher de la porte de Vincennes, on a assisté à une manifestation d'une ampleur inégalée. Comment comprendre cette réaction populaire dont on peut remarquer l'absence de slogan fédérateur ?
Hélène Romano : les attentats ont touché des civils dans un contexte de paix ; ils ont inévitablement une dimension effrayante et bouleversante contrairement à des faits similaires exécutés dans des pays en guerre. L’ampleur des réactions s’explique en partie par un processus d’identification projective, chacun s’étant senti en danger.
La manifestation du dimanche a eu une dimension de rituel collectif avec une apparence de cohésion ; «apparence» car au final, les motivations de manifester étaient multiples : certains le faisaient pour rendre hommages aux morts, certains par adhésion communautaire, certains pour la liberté de la presse, d’autres parce qu’ils sentaient que ça allait être un moment historique et qu’il fallait y aller, certains en soutien aux familles endeuillés, d’autres pour ne pas être assimilés à des extrémistes islamistes, etc.
Derrière le slogan «tous Charlie» la cohésion était surtout assurée par cette expérience commune d’effroi face aux événements.
 
Face à cette communion nationale #JeSuisCharlie du 11 janvier, apparait un contre mouvement, notamment sur internet, qui prétend s’identifier aux terroristes. Comment l’interpréter selon vous ?
Hélène Romano* : Lorsqu’un mouvement tend à uniformiser des réactions, cela provoque inévitablement des réactions de défense de ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’injonction collective, d’où «je ne suis pas Charlie» pour bien marquer sa différence et sa défiance face à un mouvement général dont ils se sentent rejetés.
Le fait que certains, au final très minoritaires, s’identifient directement aux terroristes, nous rappelle que lorsqu’une personne vulnérable se sent rejetée, le risque est majeur qu’elle ne tente de retrouver du réconfort du coté des extrêmes.
L’importance serait d’essayer de comprendre les réels motivations de ces «je ne suis pas Charlie» et de limiter ces vécus de persécutions et d’incompréhension qui clivent chaque jour davantage la population française.
 
Dans ce contexte, faut-il donc entendre «Je ne suis pas Charlie» comme une sorte d'appel au secours, une demande d'attention ?
Hélène Romano : C’est probable. Il y a toujours un décalage entre ce qui est donné à voir et à entendre (ce qui est manifeste) et ce que cela signifie de façon plus inconsciente (plainte latente). Ne répondre que par la sanction et le registre répressif ne résoudra pas la question posée sur l’identité des jeunes aujourd’hui mais également sur l’identité professionnelle des enseignants et les interrogations des parents sur leur fonction parentale.
 
Je suis frappé par l'injonction de silence qu'on oppose à ce refus de faire partie de l'unanimité. Est-ce, selon vous, une parole que nous devrions laisser s'exprimer ?
Hélène Romano : Une parole non exprimée conduira inévitablement à des passages à l’acte… Il ne faudrait pas avoir peur du débat, permettre à ces jeunes de décrypter le sens de ce qu’ils disent pour avoir un jugement critique (idem pour les adultes).
Les jeunes pointent les contradictions des adultes et leurs injonctions paradoxales : «tous Charlie» au nom de la liberté d’expression, ils s’expriment et on leur dit que ce qu’ils disent n’a aucune valeur. Comment des jeunes adolescents peuvent ils le comprendre autrement que comme un rejet des adultes ?
 
[Interview réalisée par mails entre le 16 et le 24 janvier 2015]