jeudi 10 août 2017

Le triple saut [quelle vigueur !]



C'est quand le type s'élance qu'il fait un petit saut sur place. Ensuite, il court en grandes enjambées dans sa tenue de Cosmos 1999 mais avec des pubs et des autocollants dessus. Il accélère et il prend un air vraiment sérieux, serrant les dents et tirant sur les bras comme si l'air offrait des poignées à saisir.

Pendant qu'il en est là, en arrière plan, tu vois un groupe de fille qui elles aussi courent mais en rond autour du stade. Elles vont beaucoup moins vite, c'est visible, mais comme elles sont plus nombreuses, peut-être qu'elles doivent faire plus attention. Et lui, il essaie encore d’accélérer mais il commence à relever la tête et à regarder devant lui.

Et c'est là qu'il se rend compte : ils ont déplacé le bac à sable. Il y a la ligne là, le trait qu'il ne faut jamais dépasser mais le sable est beaucoup trop loin !

Tu sens qu'il hésite un peu. Il court toujours mais il y a comme un  léger ralentissement, ses pas se font légèrement plus courts. Quand il arrive à la marque, il pose son pied juste bien comme il faut, ni trop loin ni trop près. Il y a des hommes tout autour qui sont là juste pour vérifier qu'il ne dépasse pas cette ligne ! Un homme qui regarde et un autre qui lève le drapeau. Ils créent des emplois en Suède !

Et l'autre, il s'élance dans les airs. Comme le sable est beaucoup plus loin, il fait exactement comme s'il sautait. Il est invité ici, il a été bien reçu, il ne veut vexer aucun de ses hôtes. Alors, pour que personne ne constate l'erreur des organisateurs, il prend un air normal de sportif et il  s.a.u.t.e pour retomber sur le premier pied en faisant des grands gestes avec les bras afin de détourner encore plus l'attention, puis il r.e.b.on.d.i.t sur l'autre pied en créant de nouvelles grimaces avec son visage en plein effort et enfin, il retombe dans le sable !

Et tout l'après-midi, ils ont fait ça ! Il n'y a pas eu un seul organisateur qui ait osé faire remarquer que ce serait quand même plus logique de rapprocher le bac à sable !


[Vieil article de 2006 !] - Image empruntée ICI

jeudi 27 avril 2017

Anti-républicain [Dans quel genre ?]

Le Front National dans les élections me rappelle vachement l'histoire des mobylettes. On avait d'un côté des vélomoteurs dont la législation limitait la puissance à 49,9 cm3 et on avait de l'autre, des kits mécaniques qui permettaient de gonfler cette puissance. Les kits étaient en vente libre dans tous les magasins ayant pignon sur rue, il était parfaitement légal de les vendre, légal de les acheter, ce qui était strictement interdit par la Loi, c'est de les installer.

Le vote FN n'est pas un vote anti-républicain.

Les valeurs portées par ce parti ne sont pas sympathiques, elles auraient même tendance à faire passer Philippe Pétain pour un élu modéré; mais c'est un parti tout à fait légal qui se présente aux élections.

Comme le préconise notre démocratie, Marine Le Pen a obtenu le soutien de plus de 500 maires démocratiquement élus, représentants de leur commune, pour aller exposer son programme aux suffrages des Françaises-Français. Et comme c'est logique dans une démocratie, puisqu'elle est une candidate légale, elle a obtenu un certain nombre de voix.

Les électeurs du FN ne sont pas anti-républicains.

Parmi les offres disponibles au départ, ils font un choix politique. Nous sommes d'accord qu'ils ne font pas le bon choix. Nous sommes d'accord que croire qu'on va pouvoir fermer les frontières et ignorer le reste du monde est une illusion dangereuse. Nous sommes d'accord qu'à peu près tout du programme du Front National est un non-sens total. Nous sommes d'accord que monter les gens les uns contre les autres ne fera jamais avancer un pays. Mais j'insiste : c'est un choix politique.

Dans quel genre de démocratie sommes-nous pour qu'après le scrutin, l'ensemble des médias puissent considérer comme inacceptable de voter pour l'un des candidats légalement présent au premier tour ? Dans quel genre de démocratie sommes-nous pour qu'à la fin du vote, on se mette à exclure et insulter* une partie de l'électorat ?

Revenons aux choses sérieuses c'est à dire à la politique.

En 2002, les électeurs se sont déjà mobilisés contre le FN et ont élu Jacques Chirac à plus de 80%. Et puis ? Et puis rien. La direction du pays n'a pas été modifiée, le cap n'a pas été révisé. On a eu Chirac puis Sarkozy puis Hollande. 15 ans d'une politique libérale qui n'a pas jamais été le choix du corps électoral.

Depuis 2002, les politiques menées par le pouvoir en France ont été menées contre les classes populaires. C'est comme ça qu'on le vit sur le terrain, en province. Tu sais, ces centres villes qui meurent dont tu entends parler une fois tous les cinq ans avant le 1er tour.

Même le NON
au projet de traité européen de 2005*, un NON ferme et massif tel qu'exprimé dans les urnes, n'a pas été respecté. À la limite, la dernière mesure favorable aux salariés, ça a été les 35 heures sous Jospin. Et vu la manière dont tout le monde s'acharne sur elle, ça n'a pas l'air de plaire énormément quand les petites gens obtiennent un truc.

Personne n'a envie de voter Macron qui représente cette partie de nos dirigeants acoquinés avec les très riches pour améliorer encore leur situation. Il représente le même groupe social que François Hollande, que Nicolas Sarkozy, que Jacques Chirac. Trois présidents qui ont lamentablement échoué et qui continuent pourtant de pérorer dans les médias en mode moralisation.

Il est tout de même étonnant qu'un homme comme notre dernier président, un homme qui a menti en tout point aux électeurs, les yeux dans les yeux, qui n'a absolument pas tenu ses promesses ni réalisé les engagements qu'il a pris, qui a proposé de mettre en place la déchéance de nationalité c'est à dire une mesure du FN, s'en aille benoîtement toucher son petit pactole à vie.

Il y a des droits et des devoirs dit-on au chômeur qui renâcle à accepter un emploi qui va baisser de 30% son train de vie. Mais ça fait 35 ans qu'on baisse les droits des gens qui travaillent, qu'on bloque les salaires, qu'on coupe allègrement dans tous les aménagements sociaux prévus pour la population. Ça fait 35 ans qu'on supprime les services publics et que peu à peu, tout disparait.

Les villes sont des fantômes de ville où les vitrines des boutiques sont décorées de posters chatoyants pour qu'on ne voit pas trop qu'il n'y a plus de vie. On fabrique des trompe l'œil pour cacher la misère, c'est tellement symbolique de l'époque.
 

Et pendant ce temps-là, personne n'a jamais vu la classe politique faire des efforts. Ils se succèdent les uns aux autres, ils changent de bord et d'alliance, lancent des paris comme autant d'O.P.A pour ramasser le pactole. Ils mènent une carrière dans les dorures pendant que le pays s'enfonce dans le néant.

Personne n'a envie de continuer à baisser le coût du travail. Personne n'a envie de continuer à subventionner le patronat. Si le travail est une valeur, pourquoi faudrait-il sans cesse en brader le prix ?
Les électeurs ne sont pas débiles, ils comprennent parfaitement qu'Emmanuel Macron n'a rien d'autre à proposer que de la merde libérale. Cela fait 35 ans qu'on l'applique, ils savent ce que c'est. Les citoyens constatent par eux-mêmes que ça n'est pas seulement inefficace : cela détruit tout simplement le corps social faisant de chacun le concurrent de l'autre*.

Dans quel genre de démocratie sommes-nous pour qu'après deux ans de barnum médiatique à base de couvertures de presse anti-islam / pro-Macron / anti-islam / pro-maron, on nous explique qu'il ne faut pas voter pour l'autre camp ?
 
Ils étaient 4,8 millions de citoyens noyés dans le ras le bol en 2002, ils sont aujourd'hui 7,6 millions à choisir de ne plus voter pour aucun des candidats qui continuent de soutenir ce système de caste. Encore faudrait-il y ajouter les abstinents qui ne participent plus et aussi ceux qui ont tenté une sortie plus noble, simplement démocratique, en devenant des insoumis.

 

Il faut voter Emmanuel Macron s'époumone la foule médiatique toujours comme un seul homme d'un seul avis et d'une seule voix. Il faut voter Macron comme si l'élection de l'endive du Touquet au poste suprême était porteur d'une seule solution. Il faut voter Macron comme si continuer la même politique qui échoue depuis 35 ans était la seule et unique voie possible.

 

Et quoi ?

 

Dans quel genre de démocratie sommes-nous pour que la seule solution aux échecs* précédents soit de renforcer l'échec ? Dans quel genre de démocratie sommes-nous pour qu'aucune autre solution ne soit envisagée ?

 
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Nota benêt : en pourcentage des inscrits, si l'on additionne les abstentionnistes, le Front National et Les Insoumis comme autant de messages anti-système, on arrive à un total de 53% des voix. On est loin, très loin, d'une victoire du libéralisme par K.O.
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Image piquée ici

vendredi 21 avril 2017

Macron est bien de droite



J'ai écouté Emmanuel Macron hier soir sur France 2.
Il se dit ni de droite ni de gauche mais ce qu'il préconise est très clairement marqué politiquement.
Ainsi, il explique qu'il veut supprimer l'ISF pour favoriser l'investissement.
En clair, les plus fortunés pourront échapper à l'impôt s'ils investissent dans l'économie.
En clair, s'ils achètent des actions dans des entreprises.
Ce qui est un autre moyen de faire du placement.

En clair, Emmanuel Macron propose de retirer à l'Etat, c'est nous, l'argent des plus riches s'ils acceptent de placer eux-mêmes, leur argent dans l'économie.

Mais peut-être que si on a inventé l'impôt c'est pour que l'Etat, dont la politique dépend de notre vote commun, puisse orienter l'économie dans un sens qui convient aux électeurs et à l'avenir du pays. Ça s'appelle la démocratie.

A chaque fois que tu préconises une mesure qui consiste à laisser les propriétaires faire ce que bon leur semble de leur fortune, tu fais un doigt d'honneur au principe républicain.
Et Emmanuel Macron vient avec cette proposition d'affaiblir l'Etat, c'est à dire nous.

Du coup, quand dans la suite de sa démonstration durant laquelle il explique des idées très généreuses sur l'école, genre qu'on va faire des classes avec seulement 12 élèves, je me demande comme il pourrait le faire.
Si d'un côté tu affaiblis l'Etat, dans sa gestion du réel aussi bien que dans ses revenus, tu ne peux pas prétendre ensuite disposer d'un Etat fort qui change la donne de l'enseignement.

Si on passe de classes à 25 élèves à des classes de 12, il te faut doubler le nombre de professeurs des écoles. Mais si tu te prives du budget nécessaire, tu es juste en train de promettre du vent.
Et tu es de droite.

jeudi 23 février 2017

Le travail [on s'attache]



La plupart des gens travaillent pour un salaire mais n'ont pas de véritable «travail». Ils effectuent des heures de services durant lesquelles ils accomplissent un certain nombre de tâches durant un certain nombre de mois, d'années, de vie. Mais la plupart d'entre nous, savons bien que si personne n'effectuait ces tâches, la planète continuerait parfaitement de fonctionner.

(Que Nestlé crée un nouveau yaourt
puis en fasse ou non la publicité
ne changera rien à ton dégoût
des produits laitiers).

Parce que ce «travail» qui n'a pas d'intérêt majeur pour notre société humaine, en a une sur le marché. Il s'agit la plupart du temps de produire quelque chose qui pourra se vendre plus cher que ce qu'il a coûté. Ainsi, la plupart des gens travaillent à produire du bénéfice.

Ceux qui empochent le bénéfice achètent des immeubles afin de louer des appartements aux gens qui ont un «travail». Ce qui est une autre manière de faire produire du bénéfice à ceux qu'on a rémunéré pour avoir produit du bénéfice.


Celui qui a beaucoup de bénéfices produit beaucoup de bénéfices qu'il peut accumuler. Même s'il n'en a pas besoin, même s'il est tout à fait certain qu'il n'y suffira pas d'une seule vie pour tout dépenser.

Bien entendu, l'État capte une partie du bénéfice généré par
le marché pour financer le reste. Les écoles, les hôpitaux, les universités, l'hébergement des sans logis, les routes, les trains, la poste dans les villages, les transports, les villes, la collecte et le recyclage des déchets, …


Tous ces trucs qui ne produisent pas de bénéfice mais qui sont le fondement même de notre société humaine.